À Kinshasa, protéger les amphibiens signifie travailler au cœur d’un paysage qui change vite. À Mont-Ngafula, les mares, petits étangs, vallons humides et zones de végétation constituent encore des refuges essentiels. Ils sont pourtant exposés au remblai, au drainage, aux dépôts de déchets, à la pollution, à l’ouverture de routes et à la conversion progressive des terres. Notre réponse part de cette réalité : nous ne séparons pas l’espèce de son habitat, ni l’habitat des personnes qui en dépendent.

Observer, restaurer et transmettre

Nous avons structuré notre action autour de trois gestes complémentaires. Nous observons d’abord les amphibiens et leur environnement à travers des prospections diurnes et nocturnes, des transects terrestres et des visites répétées des sites. Nous restaurons ensuite des milieux capables de retenir l’eau, d’offrir des abris et de maintenir des microhabitats. Enfin, nous transmettons les connaissances acquises aux écoles, aux quartiers, aux femmes, aux travailleurs et aux institutions.

Cette continuité est décisive. Une mare créée sans suivi peut rapidement être comblée, polluée ou colonisée par des usages incompatibles avec la reproduction des amphibiens. Une observation scientifique sans dialogue local risque, elle aussi, de rester sans effet. Notre méthode consiste donc à faire circuler l’information entre le terrain, les communautés et les responsables concernés.

Nous voulons que la conservation urbaine soit comprise comme une pratique quotidienne : connaître les sites, réduire les pressions et construire des solutions avec celles et ceux qui vivent autour.

Des résultats qui forment une base de travail

À Mont-Ngafula, nous avons créé cinq mares et réhabilité trois étangs abandonnés. Ces aménagements renforcent la disponibilité de petits milieux aquatiques dans un paysage fragmenté. Ils nous donnent aussi des points d’observation concrets pour suivre l’évolution de l’eau, de la végétation et de la fréquentation par la faune.

Nos suivis portent notamment sur des amphibiens tels que Hyperolius platyceps et Leptopelis aubryi. Leur présence ne doit jamais être considérée comme acquise : elle dépend de la qualité des habitats, de la connectivité entre les sites, des cycles de pluie et de la capacité collective à limiter les perturbations. Chaque donnée recueillie nous aide à préciser les priorités et à mieux expliquer pourquoi une petite mare peut avoir une grande valeur écologique.

Une conservation qui s’adresse à toute la ville

Nos campagnes de sensibilisation ont touché dix écoles et treize quartiers. Selon nos données consolidées, environ 29 000 personnes ont été rejointes par nos différentes actions. Derrière ce chiffre se trouvent des élèves, des enseignants, des familles, des femmes, des responsables communautaires, des travailleurs et des représentants d’institutions. Chacun peut agir à son niveau : ne pas remblayer une mare, réduire les rejets, signaler une dégradation, préserver la végétation riveraine ou soutenir le suivi local.

Mont-Ngafula nous montre qu’une métropole peut encore protéger des continuités écologiques si elle reconnaît assez tôt leur valeur. Notre engagement est de maintenir cette vigilance, de renforcer les capacités locales et de faire des amphibiens des indicateurs écoutés de la santé de nos milieux de vie.

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