À Kinshasa, les plans d’eau prennent des formes diverses : mares temporaires, étangs abandonnés, bassins aménagés et étangs piscicoles. Ils ne présentent pas tous la même valeur pour les amphibiens, mais chacun mérite d’être compris dans son contexte. Notre travail consiste à observer leurs caractéristiques, leurs usages et leurs liens avec les habitats voisins afin de proposer une gestion plus attentive.

Une mare et un étang piscicole ne fonctionnent pas de la même manière
Une mare peu profonde, végétalisée et sans poissons peut offrir des conditions favorables à la reproduction de certains amphibiens. Dans un étang piscicole, la présence de poissons peut augmenter la prédation sur les œufs et les têtards. Voila pourquoi, nous réhabilitons les étangs abandonnés qui n’ont plus des poissons pour en faire un habitat pour les amphibiens.
Les apports d’aliments, les traitements, l’entretien intensif des berges ou les vidanges modifient également la qualité du milieu.
Cela ne signifie pas que pisciculture et biodiversité sont incompatibles. Cela signifie que les objectifs doivent être clairs. Des zones distinctes, de petites mares annexes sans poissons, une végétation riveraine maîtrisée et une bonne gestion des rejets peuvent créer un paysage plus diversifié, où la production et la conservation cessent de s’ignorer.

Regarder les berges autant que l’eau
Les berges constituent une zone de transition essentielle. Une pente trop abrupte peut piéger les animaux ; une berge entièrement nue augmente l’érosion et réduit les refuges ; une végétation dense mais envahissante peut, elle aussi, demander une gestion. Nous recherchons un équilibre : des accès progressifs, des zones d’ombre et de soleil, des abris, une eau non contaminée et des passages vers les milieux terrestres.
Nous surveillons également les déchets, la couleur et l’odeur de l’eau, les écoulements entrants et sortants, ainsi que les activités proches. Une pollution apparue en amont peut affecter plusieurs sites en aval. La gestion doit donc tenir compte du bassin versant et pas seulement de la limite visible de l’étang.
Faire des plans d’eau des espaces d’apprentissage
Les mares et étangs sont d’excellents supports de formation. Ils permettent de montrer directement le lien entre la qualité de l’eau, la végétation, les insectes, les amphibiens, les poissons et les usages humains. Un suivi participatif peut aider les gestionnaires et les riverains à détecter rapidement une anomalie.
Notre objectif n’est pas d’imposer un modèle unique. Nous voulons accompagner des choix adaptés à chaque site : protéger une zone, créer une mare complémentaire, restaurer une berge, améliorer un rejet ou organiser un suivi. En multipliant ces ajustements, les plans d’eau de Kinshasa peuvent devenir des composantes mieux gérées d’un réseau écologique urbain.
