La conservation des amphibiens ne progressera pas si elle reste confinée aux spécialistes. À Kinshasa, nous avons choisi d’aller vers les lieux où se construisent les perceptions et les décisions quotidiennes : les écoles et les quartiers. Nos actions ont touché dix établissements scolaires et treize quartiers. Selon nos données consolidées, environ 29 000 personnes ont été rejointes par l’ensemble de nos activités de sensibilisation.
À l’école, préparer un autre regard
Avec les élèves, nous commençons souvent par les questions les plus simples : où avez-vous déjà vu une grenouille ? Que se passe-t-il après la pluie ? Pourquoi certains animaux chantent-ils la nuit ? Ces échanges nous permettent de corriger des idées reçues et d’introduire les notions de cycle de vie, de chaîne alimentaire, de qualité de l’eau et d’habitat.
L’école joue un rôle multiplicateur. Un élève qui comprend la valeur d’une mare peut transmettre le message à sa famille. Un enseignant peut réutiliser l’exemple des amphibiens dans les cours de sciences, d’environnement ou de citoyenneté. La sensibilisation devient alors une graine qui continue à circuler après notre départ.

Dans les quartiers, partir des problèmes concrets
Les échanges communautaires abordent directement les transformations visibles : dépôts d’ordures, caniveaux obstrués, eaux polluées, remblais, érosion et disparition de la végétation. Nous montrons que ces pressions affectent les amphibiens, mais aussi la qualité de vie des habitants. Protéger un milieu humide ne signifie donc pas immobiliser le quartier ; cela signifie mieux gérer un espace qui rend des services et abrite une vie utile.

Nous profitons aussi des rassemblements publics pour rendre notre message accessible au-delà des cercles spécialisés.
Remplacer la peur par la connaissance
Dans plusieurs communautés, les amphibiens peuvent être associés à la peur, au dégoût ou à des croyances négatives. Nous ne méprisons pas ces perceptions : nous les écoutons, puis nous apportons des explications. Nous montrons le rôle des amphibiens dans les écosystèmes, leur contribution à la régulation de nombreux invertébrés et leur sensibilité aux dégradations environnementales.
Changer le regard est déjà une forme de protection. Une personne qui ne tue plus systématiquement un animal, qui alerte lorsqu’une mare est menacée ou qui explique à ses enfants de ne pas détruire les pontes devient un acteur concret de la conservation.

| Grande séance communautaire de sensibilisation organisée dans une salle de quartier. |
Le nombre de personnes touchées mesure l’ampleur de notre mobilisation, mais il ne suffit pas à lui seul. Nous voulons maintenant renforcer la continuité : revisiter les écoles, soutenir des relais, produire des outils adaptés et relier les activités de sensibilisation aux sites restaurés et suivis. C’est ainsi que les connaissances peuvent devenir des habitudes, puis une culture locale de protection.
