Le 21 avril 2026, CONEV RDC a procédé à Bikoro au lancement officiel d’une Brigade de Conservation des Amphibiens (BCA). L’événement marque le passage d’activités ponctuelles de sensibilisation à une organisation locale appelée à travailler dans la durée. Pour Mabali, cette brigade constitue un noyau de compétences et de mobilisation qui doit soutenir les missions de terrain et accompagner progressivement des relais proches des habitats suivis.

Une brigade de conservation et non une force de contrainte
Le mot brigade peut prêter à confusion. La BCA n’est ni une police environnementale ni une structure chargée d’infliger des sanctions. Sa vocation est la conservation communautaire : observer, informer, sensibiliser, transmettre les alertes et appuyer les actions autorisées sous l’encadrement de CONEV RDC et des institutions compétentes.
Cette définition protège les membres et les communautés. Elle évite qu’un volontaire intervienne dans une situation dangereuse, se présente comme détenteur d’un pouvoir légal qu’il ne possède pas ou entre en conflit avec un habitant. Face à une infraction présumée ou à une menace sérieuse, le rôle de la brigade consiste à documenter sans se mettre en danger et à utiliser le canal de signalement convenu.
La formation comme point de départ
Le lancement officiel n’est qu’une étape. Une brigade devient opérationnelle lorsque ses membres partagent des connaissances de base, utilisent les mêmes outils et comprennent les limites de leur mandat. La formation organisée à Bikoro a créé un espace d’apprentissage et de mise en commun autour des amphibiens et de leur conservation.
Le parcours de formation doit rester progressif. Il commence par la biologie générale des amphibiens et la reconnaissance des habitats, puis abordera les fiches d’observation, la photographie utile, l’écoute des chants, la biosécurité, la sécurité sur le terrain et la communication avec les communautés. L’identification à l’espèce ne doit pas devenir une course : savoir noter une incertitude et demander une validation fait partie des compétences attendues.
Des responsabilités simples et vérifiables
Pour rester efficace, la BCA a besoin d’un mandat concret. Ses tâches doivent pouvoir être exécutées par des membres formés, suivies par un responsable et vérifiées lors des réunions. Un ensemble resserré de responsabilités constitue son socle :
- signaler des observations et des modifications inhabituelles des points d’eau à l’aide d’une fiche ou d’un formulaire convenu ;
- accompagner les missions de monitoring, sans remplacer la validation scientifique ni les autorisations requises ;
- relayer des messages de sensibilisation adaptés aux réalités locales et écouter les préoccupations des habitants ;
- participer à des actions encadrées de nettoyage, de restauration ou d’entretien des habitats prioritaires ;
- tenir un registre des activités, du matériel, des alertes transmises et des réponses reçues ;
- se réunir régulièrement pour examiner les difficultés, les données incomplètes et les besoins de recyclage.
Relier Bikoro aux habitats de Mabali
Le lancement s’est déroulé à Bikoro, tandis que le travail scientifique présenté dans cette série concerne notamment la Réserve scientifique de Mabali et ses environs. La cohérence entre ces deux échelles est essentielle. La brigade de Bikoro forme un noyau d’appui, mais le suivi régulier de Mabali exigera des relais proches des sites, choisis avec le CREF et les communautés concernées.
Cette extension doit être organisée et non improvisée pour une harmonie saine. Il a été fait une mise en place d’une équipe qui coordonne les sorties, qui garde le matériel, qui reçoit les observations, qui valide les données et à qui une alerte est transmise. Les membres basés à Bikoro accompagnent les premières activités, tandis que les relais de Mabali développent une connaissance fine des stations et assurent une présence plus continue.

Une organisation qui doit rendre compte
Nous restons vigilant sachant que la motivation initiale peut s’affaiblir si les membres ne savent pas ce qui est attendu ou si leurs signalements ne reçoivent aucune réponse. La BCA a donc besoin d’une coordination identifiée, d’un calendrier réaliste, de réunions courtes mais régulières et d’une restitution des décisions prises à partir de ses observations. Ainsi, l’horaire hebdomadaire de réunion chaque mardi a été établi et respecté de tous les membres qui ne cessent de s’accroitre depuis le lancement de la Brigade.
Un registre simple suit les sorties, présences, observations, séances de sensibilisation, équipements reçus et incidents. Il permet de distinguer l’activité réelle des annonces. Une revue périodique avec CONEV RDC et, pour les activités liées à Mabali, avec le CREF, sert à corriger les pratiques et à planifier la période suivante.
La participation des femmes et des jeunes
La représentation communautaire ne doit pas être uniquement symbolique. Les femmes et les jeunes utilisent, observent et connaissent des parties différentes du paysage. Leur participation améliore l’identification des points d’eau, la compréhension des usages et la circulation des messages de conservation.
Pour que cette participation soit réelle, notre organisation tient compte des horaires, des responsabilités familiales, de la sécurité des déplacements et de la prise de parole pendant les réunions. Les rôles techniques, la coordination et la gestion du matériel restent accessibles à tous selon les compétences et l’engagement, sans enfermer certains membres dans des fonctions décoratives.
Les prochaines étapes pour consolider la BCA
Après le lancement et la formation initiale, l’enjeu est de transformer le groupe en dispositif durable. Avec les membres de la BCA avançons par étapes : Nous avons déjà confirmé la liste et le mandat des membres, désigner les responsabilités, remettre un kit minimal avec registre, organiser des exercices pratiques, puis évaluer les premières activités avant d’élargir le programme.
CONEV RDC est conscient que la brigade gagnera en crédibilité si elle produit peu de données mais bien documentées, si elle respecte les limites de son mandat et si ses membres restent en relation avec l’encadrement technique.
À terme, ce modèle pourra renforcer la présence locale autour de Mabali, améliorer la détection des pressions et rapprocher la conservation des personnes qui vivent quotidiennement dans le paysage.
